Dans la cage de l'administration Indienne

Les Indiens prennent un malin plaisir à accomplir et à nous faire accomplir pléthores de démarches administratives, le “paper-work”, ce qui est particulièrement agaçant si on ne voit pas le bon côté de la chose : toutes ces démarches administratives permettent de donner du travail et un peu d’importance à beaucoup de monde au sein de l’administration – sans compter les multiples emplois indirects générés. Ici, on “Xérox” (photocopie) dans la boutique d’en face, on va se faire tirer le portrait au “studio”, on prend un “chaï” (thé indien) au tea stall pour patienter, on emploie un agent pour nous aider dans les différentes démarches et on remplit les inusables cahiers des “security guards”. C’est aussi une mesure protectionniste à peine cachée pour les multiples petits entrepreneurs Indiens.

Sinon, l’administration Indienne reste un enfer. Si vous avez vu les 12 travaux d’Astérix, vous avez une petite idée de ce que ça peut donner (sans exagération). Et, comme me disait un des “boys” y travaillant, “déjà que nous aussi on n’y comprend parfois rien, alors toi, c’est impossible”. C’est vrai ! J’ai pour l’instant eu le droit au FRRO (Foreigners Regional Registration Office) qui ne s’est pas trop mal passé. Une journée tout de même pour obtenir mon “Residency Permit” (Permis de séjour). Le plus drôle c’est que j’ai dû y retourner parce qu’ils s’étaient trompés sur mon prénom, j’étais devenu “Nocolas”. Enfin, un coup de Tippex, une signature, un tampon à côté et cette erreur était réglée en 5 minutes !

Comme je restais un peu sur ma faim, je me suis donc aussi fait le RTO (Registration Transportation Office) pour changer le nom de la carte grise de mon scooter acheté d’occasion. Et là… je dois dire que j’ai été servi. Changement d’ambiance déjà, autant le FRRO est plutôt moderne et informatisé, autant le RTO est le royaume des piles de papiers jaunis jusqu’au plafond et des multiples comptoirs grillagés. On m’avait dit de prendre un agent, mais comme personne ne m’a accosté, je me suis débrouillé tout seul. Ce n’était peut-être pas une bonne idée. J’y ai passé presqu’une journée entière, et j’y suis retourné deux fois (brièvement cette fois)…

Je vous passe les détails des différents aller-retours entre les mêmes comptoirs et des démarches faites en double à cause d’un “supervisor” qui ne comprenait pas trop ce qu’il faisait. La vraie pièce de choix dans cette belle journée a été mon échange avec les “Inspectors”. Ils font plus ou moins parti de la police ou de l’armée et sont chargés d’inspecter les véhicules pour leur délivrer le certificat qui leur permettra de rouler en toute légalité. Ces Inspectors usent et abusent de leur position sociale privilégiée et j’ai commis une grave erreur en étant un peu arrogant avec l’un d’entre eux dès notre premier échange le matin. Je pensais pouvoir l’éviter mais j’ai dû le retrouver l’après-midi. Inutile de vous dire qu’il m’attendait au tournant, surtout que j’avais essayé de courir après d’autres Inspectors (que je “dérangeais”) toute la journée en attendant que Monsieur revienne de son Lunch (il n’est revenu qu’à 16h passées). Et là, j’ai eu le droit à une morale sur mon comportement peu respectueux, dû m’excuser platement, admettre que j’avais eu tord, jouer à l’étranger perdu qui ne comprend pas, acquiescer à sa leçon sur l’importance des démarches administratives indiennes et le renvoyer tout de même un peu devant ses propres responsabilités pour ne pas avoir à revenir le lendemain sans heure fixe. Tout ça s’est finalement fini comme toujours par une franche rigolade et une bonne poignée de main, mais le moment était assez délicat à passer.

De retour au boulot, mes collègues m’ont appris ce que je venais d’expérimenter. Le “Maska” en Hindi, soit littéralement beurrer quelqu’un, ou passer de la pommade, flagorner en Français pour obtenir ce que l’on veut. Un mot que tous les Indiens connaissent…

A la poursuite du 2BHK

03 avril
2012

A la poursuite du 2BHK

Un 2BHK ? c’est quoi ? 2 Bedrooms (chambres), 1 Hall (salon), 1 Kitchen (cuisine). C’est un peu la base des apparts à Bangalore. Je ne suis même pas sûr qu’il soit possible de trouver plus petit en fait. Donc tout le monde vit en famille, ou en coloc.

Pour partir à la recherche du nid convoité, il est préférable ici de passer par un broker, soit un agent immobilier qui va s’arracher pour vous faire visiter un maximum d’apparts et toucher sa comission d’un mois de loyer une fois le bien trouvé. Pas de PAP ou de SeLoger ici, mais tout de même un site de petites annonces qui émerge, Sulekha.

Bref, j’ai testé les deux solutions et c’est finalement grâce à un broker que j’ai trouvé. Il (enfin, un de ses “boys”) m’a tout de même fait visiter une dizaine d’apparts en 4 jours donc c’est allé assez vite. Ca commence par des tours à moto sans casque derrière un des fiers représentants de “Golden Nest” et ça finit par marchander le montant du loyer avec le proprio sur le pas de la porte. Je vous passe les apparts où on attend les clés alors que la porte est ouverte, les familles qu’on dérange alors qu’on s’est trompé d’appart ou les “complex” visités avec pisine (en construction ou en “maintenance”), gym room et… “party hall” !

L’appart que j’ai donc finalement décroché se situe dans un des coins les plus sympas de Bangalore, Indiranagar (en même temps c’est presque le seul quartier que je connais depuis mon arrivée) avec nombreux restos, bars et boutiques (même si on est bien en Inde, donc ça ne saute pas aux yeux tout de suite). Notre 2BHK est au 4e étage avec une vue dégagée sur tout Bangalore (rare, même si ce n’est pas la vue sur Montmartre non plus comme vous pouvez le voir ci-dessus) avec un balcon pour profiter des soirées clémentes d’ici. L’immeuble est fidèle aux standards Indiens, c’est à dire, un rez-de-chaussée parking, 4-5 étages d’apparts et un style architectural non déterminé empruntant quelques détails gréco-romains d’un goût douteux (genre colonnes).

Au niveau du quartier, Appa Reddy Palya (j’ai mis du temps à retenir l’adresse) c’est plein de petites ruelles avec des petites boutiques traditionnelles ou improbables, tailleurs, garagistes deux-roues, épiciers, grossistes en riz, repasseur, marchand de poisson ou de poulets (vivants) etc… Bref, on sent bien qu’on est en Inde ici mais ça reste assez calme. A part quand il y a un festival hindou comme ce w-e où ils ont défilé à coups de tambours toute la nuit et une partie de la matinée tout autour de notre immeuble.

On devrait être bien ici (quand Johanne sera enfin arrivée) et il ne manquera plus que vous dans la chambre d’amis qui vous sera grande ouverte bien sûr ! (bon j’ai pris un Suédois, en stage à l’agence, en coloc, en attendant Johanne mais promis, il ne va pas rester…)

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